Toronto with Fireman 2

Toronto Express

J’attends mardi prochain avec impatience, jour de la parution du prochain numéro de «L’ Express de Toronto ». Avec mes traductions dedans. Si tout marche comme convenu, ce sera ma « première mondiale ».

En effet, mes poèmes ont paru, avec mon nom, avec quelques extraits trop politisés de l’interview, et juste à côté de la publicité d’un abri pour animaux domestiques abandonnés. A Toronto, tout comme en France et partout ailleurs, on abandonne et on se débarrasse non seulement de ce qui est abîmé ou usé, mais surtout de ce qui n’est plus amusant. On consomme les humains de cette-même manière, tout comme (encore cette phrase qui, il me semble, me revient de « Tristan 1946 » de Maria Kuncewiczowa, livre jamais traduit. Oublié? Censuré? Pourquoi?) les cigarettes qu’on fume à la chaîne et on jette les mégots. Tout comme on jette les amants d’une nuit après une passe gratuite et encore bouillonnant de cette nuit de baise, on se met en quête immédiate d’un autre amant, n’importe lequel, mais un autre. On cherche et on en veut. Qu’est-ce qu’on en veut, de la chair fraîche, on s’en fout du reste, la seule qualité requise est la chair prête à l’usage dans les minutes qui viennent. La chair « sans prise de tête ». Il paraît que c’est une pulsion propre à l’être humain, encrée dans les gènes les plus ancestraux du code génétique. Dans cette gigantesque déchetterie de mégots domestiques – soudain, les mégots humains. Pourquoi pas?

J’étais très fier de moi malgré cette compagnie des animaux-SDF sur la même page du journal. Plus fier que si c’était dans le DNA alsacien. D’ailleurs je me rappelle qu’en arrivant en Alsace, pendant longtemps j’avais cru que ce journal était une revue scientifique, jusqu’au jour où, étonné par son contenu, j’ai demandé l’explication de son nom.

Eh bien, le DNA est une abréviation anglophone (mais aussi polonaise) de la molécule constitutive du génome. Je me suis rendu compte qu’en français ce n’était pas le cas : ici le DNA signifiait les « Dernières Nouvelles d’Alsace », alors que la molécule en question portait le nom d’ADN.

Voici ma traduction:« La prière de grâce avec un reproche »

Tu ne m’as pas fait aveugle

Je te rends grâce Seigneur

Tu ne m’as pas fait bossu

Je te rends grâce Seigneur

Tu ne m’as pas fait enfant d’un alcoolique

Je te rends grâce Seigneur

Tu ne m’as pas fait hydrocéphale

Je te rends grâce Seigneur

Tu ne m’as fait ni bègue boiteux

ni nain épileptique

ni hermaphrodite cheval mousse

ni rien d’autre de la faune et de la flore

Je te rends grâce Seigneur

Mais pourquoi m’as-tu fait

Polonais ? » (Andrzej Bursa)

Et voici le texte figurant à côté du poème :« Nos amis, les bêtes. Un autre superbe chien est prêt à être adopté à la Toronto Humane Society, 11 River St. Par ailleurs, la Toronto Humane Society organise la Marche des VIP (Very Important Pet), le dimanche 24 septembre. »

Il est minuit. Mes gènes de sommeil me commandent le repos mérité après cette longue journée de bonheur. Il est minuit, l’heure de dormir, l’heure d’en rester là.

C’est l’heure.

(D. Popielarski, extrait de « Toronto with Fireman 2 »)

Toronto Express


 
Follow

Get every new post delivered to your Inbox.